Mouvement Neurosensoriel 4/4

Mouvement Neurosensoriel 4/4

MNS Taichi, mouvement sensitif lent

Rappels historiques

TAICHI (ou Tai Chi Chuan)

S’il est vrai que la philosophie Yin-Yang date d’au moins du X° siècle av. J.-C., et que le Qi-gong date d’au moins du IV° siècle av. J.-C., en revanche le Taichi est plus jeune et date du moyen-âge. Comme le peuple Chinois adore les mythes et légendes, il est très difficile d’avoir de réels faits historiques, toutefois on peut dire que le Wu-Shu (Art martial ou  Kung-fu) intégra le Qi-gong vers le III° siècle et le Taichi est sûrement né au X° siècle ou… au XVI° siècle. Ce qui est sûr c’est qu’au XIX° siècle, il fut reconnu et formalisé. On reconnait trois grandes écoles WU (Wu tang pai), CHEN (famille Chen) et YANG (famille Yang). Cette dernière, la plus douce donc Yin malgré son nom qui est celui du nom de la famille, est la plus connue et pratiquée en Europe (et la base implicite de notre approche).

MNS (ou Mouvement Neuro-Sensoriel)

Issue des recherches pratiques et théoriques menées depuis le début des années 80 par le Pr Danis Bois, docteur en Sciences de l’éducation, professeur agrégé en Sciences humaines et sociales et directeur du Centre d’Études et de Recherches appliquées en Psychopédagogie perceptive (Cerap.org). Ses travaux se situent au carrefour de la psychologie humaniste (Rogers, Maslow, Gendlin), de la physiologie de la perception (Paillard, Roll), de la phénoménologie du toucher et du contact (Maine de Biran, Husserl, Merleau-Ponty, Jonas) et d’une certaine philosophie de la conscience (James, Bergson, Depraz).

Synthèse des 3 mouvements de bases

Tout au long des trois articles précédents vous avez pu découvrir ces mouvements sensoriels -YIN- qu’il convient de bien distinguer des mouvements moteurs, purement sportifs -YANG-. Les exercices proposés ici sont des fondamentaux, une base que ce soit pour l’approche Taïchi ou pour l’approche sensorielle  du Pr. Dr. Danis Bois. Nous invitons toutes les personnes intéressées pour aller plus loin à continuer à pratiquer en groupe avec un instructeur soit dans une approche Tai-chi-Chuan soit dans une approche gymnastique sensorielle soit dans une autre approche où le mouvement lent et sensoriel est mis au service d’un mieux être holistique, d’un connaîs-toi toi-même:

Comme vous l’aurez vécu si vous avez fait les exercices proposés, le corps en mouvement peut devenir un merveilleux outil de déprogrammations cellulaires du stress et même plus. Pour cela, il faut faire intervenir la proprioception, ce sixième sens qui est très perceptible et sollicité dans la lenteur, voire l’extrême lenteur si on la compare à la lenteur habituelle en Taïchi moderne. Mais, en plus de cette lenteur et de cette conscience du mouvement, pour avoir un impact thérapeutique, il est important de poser une intention ou un objectif: le geste devient donc métaphore de la vie.

Récapitulons les 3 mouvements de base et leur symbolique associée:

MNS G-D 
La translation gauche-droite est idéale d’une part, pour retrouver vos repères quand vous vous sentez perdu par exemple, et, d’autre part, pour tout ce qui est recherche d’équilibre comme savoir lâcher-prise ou au contraire persévérer, faire un métier lucratif ou initiatique, trouver l’équilibre entre une vie professionnelle et une vie privée…

MNS AV-AR
La fente avant-arrière est bien adaptée au problématique de positionnement comme lorsque vous être facilement perturbé par votre position hiérarchique ou quand vous ne savez quelle position prendre sympa / implacable, bienveillant/ imposant votre autorité, etc. C’est aussi le meilleur outil de médiation corporelle pour découvrir, comprendre et intégrer le TAO, le Yin e le Yang.

MNS H-B
L’ascenseur haut-bas est la médiation corporelle à adopter quand les hauts et les bas de la vie sont difficiles à gérer, ou lors d’une profonde perte de motivation par exemple. C’est aussi, un outil adapté aux prises de décision répétitives sur le long termes.

Pour le lecteur intéressé, l’ensemble de tous les articles parus sur ce thème (MNS) – avec des petits plus bien sûr – existe en version Kindle sous le titre: « Mouvement Neuro-Sensoriel & Taï-chi archétypal« 

Back to basic

Il peut paraître étonnant de revenir à ces bases fondamentales de mouvements suivant les trois directions de l’espace. Si vous avez pratiqué en club ou en stage le Taichi ou la gymnastique sensorielle, vous avez certainement été dans un mouvement plus rapide, même s’il était lent et surtout dans une complexité bien plus grande ou par exemple le mouvement des bras était requis. Vous avez peut-être même abordé les directions intermédiaires voire les changements de direction. En revanche, vous n’avez certainement pas abordé le sens symbolique et l’usage thérapeutique du mouvement : on ne peut pas tout faire! Dans le cadre de notre pratique de coaching de vie, l’objectif de mieux être demain, de mieux vivre les situations stressantes dans mon futur est notre objectif. Le mouvement est donc le moyen et non l’objectif. De plus, en coaching individuel, il ne s’agit pas d’établir un cours avec une progression pédagogique sur plusieurs trimestres.

Mouvement Neuro-Sensoriel Taichi 3 directions

« Back to basic », revenir aux trois translations de bases, a donc beaucoup de sens dans notre démarche « life coaching one to one », alors que dans le cadre d’un club ce ne serait pas le cas. Toutefois, ces trois translations restent un socle, une base de qualité même pour les personnes qui veulent aller vers une activité suivie en club. Aussi, nous allons voir maintenant comment peut évoluer cette pratique.

Méditation en mouvement

Comme vous l’aurez certainement remarqué lors de vos pratiques, du fait de l’extrême lenteur du mouvement, cela induit naturellement un état particulier, un état modifié de conscience (EMC), un état méditatif ou s’y rapprochant. Pour cela il faut bien sûr avoir dépassé les « débuts difficiles », mais les astuces mentales consistant à compter, puis ressentir et enfin observer sont très aidantes. La première étape de la méditation est d’apaiser le mental, de calmer les modifications de la pensée. Dans les années 90 on parlait de « concentration », mais cela peut induire un effort Yang, une volonté alors qu’au contraire il faut « lâcher-prise » et tout simplement observer et accueillir ce qui est (Yin).

Souvent, ce qui contrecarre cet effet méditatif, c’est d’utiliser le mouvement avec un objectif  de coaching ou thérapeutique. Nous reviendrons plus loin sur cette utilisation prioritaire dans le cadre de notre cabinet, mais pour ce qui est de la méditation, sachez qu’il est plus simple et logique de ne pas poser d’intention de résolution de problème et de rester dans le mouvement, tout simplement.

Un autre facteur très aidant en méditation en mouvement sera de suivre « la trace ». Une trace simple sans complexification des mouvements contrairement à ce que nous allons voir plus loin en Taïchi. On peut dire que si le Taïchi s’appuie sur le côté Yang du MNS, la méditation va s’appuyer sur le côté Yin du MNS.

Un prolongement possible de la pratique du MNS est donc la méditation, une méditation en mouvement bien sûr. Se mouvoir en pleine conscience, vivre l’instant présent est la deuxième étape de la méditation.

Progressivement on peut évoluer d’un mouvement codé (translation dans les mouvements de base) vers un mouvement spontané, intuitif. C’est ce mouvement que Danis Bois qualifiait de « fondamental » à ses débuts. Mais comme il l’a si bien remarqué, pour un débutant, le « mouvement soit disant fondamental » devient vite une « impro n’importe-quoi ». Vigilance donc afin de rester du côté structurant si l’on veut avoir un effet « croissance personnelle » ou « méditatif structurant ». Contrairement au Taïchi, l’altérité n’est pas là comme garde-fou (il n’y a pas une autre personne en face de nous), c’est donc la prise de recul, l’observation (observation des angles dans nos exemples) qui va permettre cet état « méta » et ne pas rester le nez collée au mur. Ainsi la troisième étape de la méditation peut être atteinte.

Taïchi et trajectoire

Si l’on veut rentrer dans la philosophie du Taïchi, c’est la dernière étape de la méthodologie exposée dans les articles précédents « trace & trajectoire » qui va nous permettre de mieux comprendre ce qu’est « LA pratique ».

Lors du mouvement sensoriel, au fur et à mesure de la pratique, c’est comme si on inscrivait une trace dans l’espace. C’est comme si on avait un crayon marqueur au niveau du nombril par exemple, et que ce crayon écrivait dans l’espace. Il laisse donc la TRACE de la trajectoire. Cette trace subjective va devenir comme palpable, comme réelle pour le pratiquant. A un certain moment qui peut venir au bout de quelques semaines, de quelques mois ou de quelques années, la trace peut devenir un guide dans lequel il suffit de rentrer pour vivre le mouvement en toute quiétude et sérénité.

Dans le cas de nos translations, la trajectoire est excessivement simple, pour la translation haut-bas il s’agit tout simplement d’une droite verticale :

Zénitude p71

C’est pour cela que ce mouvement est décrit dans notre mémento de la zénitude. Pour la fente avant-arrière ou la translation, la trajectoire est plus complexe. En effet, au fur et à mesure que l’on avance, on s’élève. Puis à la moitié de la course, on redescend. La trace laissée par cette trajectoire ressemble à une courbe:

Mouvement Neuro-Sensoriel Taichi Trace et Trajectoire

Nota pour les pratiquants d’arts martiaux:
Contrairement à ce qu’on demande en club, à aucun moment la consigne n’est de rester au même niveau, de ne pas monter puis descendre les hanches. En MNS, il est important de laisser aller le mouvement naturel qui nous fait légèrement monter puis redescendre. Au bout de quelques années, il peut devenir intéressant de garder les hanches au même niveau comme en art martial afin de travailler, en conscience, sur les mouvements des articulations des hanches. Avoir conscience des mouvements de rotation et de translation au sein même des articulations nécessite des années de pratique et n’est donc pas accessible  quand on débute.

Revenons à notre trace. Au fur et à mesure, on ajoutera des mouvement de bras, qui eux aussi vont laisser une trace (celle des poignets par exemple). La vidéo suivante donne une idée de ce type de pratique quand « on rentre dans la trace »:

En Taïchi, afin de garder une composante thérapeutique ou/et développement personnel – « connais-toi toi-même » – il faut dans un premier temps que le mouvement ne soit pas vide de sens. Dans cette démarche, il est donc important de connaître le sens martial des mouvements. En effet c’est l’altérité qui donne de l’ouverture, la rencontre avec l’autre. En art martial, l’autre c’est le partenaire, le binôme voire l’adversaire si besoin. Allez à la rencontre de l’Autre, sera par exemple parer une attaque. Puis progressivement le contexte qui a permis la création du mouvement (la parade par exemple) devient invisible, seul l’intention reste. Le mouvement va alors se transformer en fonction de qui l’on est, de nos ressentis et des énergies du moment. Le mouvement final peut donc paraitre loin de celui utilisable en close-combat ou en self-défense, mais l’intentionnalité reste, guide, met des limites et au final permet de créer et de vivre des mouvements que l’on n’aurait jamais fait sans tout ce contexte. Le résultat est une meilleure ouverture au monde.

Plus loin encore sur le chemin, on va pouvoir ajouter une nouvelle intentionnalité, qui en Taïchi sera celle des éléments. Ainsi on peut interpréter, vivre, un enchaînement dans l’intention de l’Eau ou celle du Feu, ce qui donnera bien sûr deux expressions de la forme bien différentes.

Geste métaphorique

Comme exposé lors des trois premiers articles et re-précisé un peu plus haut, dans le cadre de notre cabinet, en consultation individuelle comme en formation de groupe, notre axe principal est le coaching et la thérapie. Si besoin nous développons l’aspect méditatif mais jamais l’aspect enchaînement Taïchi que nous laissons aux spécialistes en club.

En dehors du MNS, nous utilisons aussi le Yoga et le Qi-gong. Dans les trois cas, en plus des vertus intrinsèques à chaque pratique, il y a l’aspect métaphore vécu du geste. Par exemple, le choix de la ligne droite en MNS de base (translation) est la métaphore de la traversée de la vie, de la problématique ou de la Vie. Cette translation avec son « top départ » et son « top arrivée » permet symboliquement à notre corps et notre psyché de vivre toutes les étapes du processus de traversée de la problématique. Aussi, les pertes de conscience du mouvement ou de la consigne ou de la présence à soi, sont-elles les preuves que, sur cette partie là de la trajectoire (trajectoire physique et symbolique), la problématique est non-résolue, non fluidifiée. Le simple fait de faire et refaire le mouvement (10 aller-et-retours mini à chaque pratique) va permettre, progressivement, la résolution du problème en quelques semaines. Il s’agit bien sûr d’une approche « cerveau droit » où le « cerveau gauche » n’aura aucune explication analytique, mais où l’important, au final est le mieux être de la personne dans la situation problème.

Il est bien sûr possible de décoder finement la symbolique de chaque geste, de chaque mouvement, toutefois l’intérêt resterait purement cognitif. En  effet, seule la pratique en conscience, le vécu observé permet de valider l’adéquation entre la problématique et le geste prétexte. Une grand intuition ou une grande expérience sont donc nécessaire pour « inventer » un nouveau geste adapté et écologique pour la personne dans son contexte et sa problématique. A nouveau « Back to basic » reste le mot d’ordre en posant bien l’intention de travail et en … pratiquant.

Conclusion

Plus on s’éloigne du mouvement moteur, du mouvement sportif, martial ou de danse, plus on peut plonger dans le monde de la conscience et donc de la connaissance de soi. Le mouvement, au moins dans un premier temps, devra être lent voire très lent, afin de donner la place à ce sixième sens qu’est la proprioception. Ensuite, en fonction de l’axe de travail : performance, thérapie, médiation, art, … on pourra adapter ou ré-inventer un MNS en adéquation avec le contexte. Il prendra plus ou moins en considération l’aspect symbolique et métaphorique du mouvement en fonction des besoins, de l’adaptation au public concerné.

Bonnes pratiques et belles découvertes.

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