Courir un ultra-trail

Pourquoi courir un Ultra-Trail ?

Est-ce que courir un Ultra-Trail (une course extrême) , fait sautez nos barrières émotionnelles… ou non ?

Introduction

Un « Trail » c’est une course de moins de 42 km et un Ultra-Trail c’est une course à pied de 42 km à plus de 100 km! Nous sommes bien là dans des expériences de sommet comme le dirait Abraham Maslow un des fondateurs du Transpersonnel. La vidéo ci-dessous, très bien filmée, est un partage d’expérience sur ce sujet. Pour les non-anglophones, le texte suivant est la traduction de celui de la vidéo ci-dessus. Merci à Laurie de cette traduction (Laurie propose des coachings pour améliorer votre anglais).

Courir une fois pour l’expérience

Décider de courir un « Ultra-Trail » pour la première fois est compréhensible. C’est un grand challenge. Bien que les raisons à l’origine de cette décision ne soient pas immédiatement apparentes, même pour un coureur, c’est assez facile de communiquer l’essence même du challenge : nous prouver à nous-mêmes ou aux autres que nous avons la force intérieure et le courage de repousser des limites que nous nous sommes imaginées à un moment, défier l’impossible et survivre à l’épreuve.

Mais, une fois que le challenge a été relevé, signer pour une seconde fois est un challenge complètement différent. Le récidiviste aurait-il une prédisposition a l’excès ou à une addiction ? Alors bien sûr, il est sans conteste qu’un grand nombre de runners d' »ultra » ont ressenti des symptômes de manque et d’agitation après cette grande épreuve. Il est logique que 10 à 20h d’un bain d’hormones qui, sans cesse, parcourent notre corps ne nous laissent pas que des courbatures musculaires mais aussi un certain manque.
J’adore ce sentiment de force, d’indépendance, et de liberté que j’ai en courant des trails et des ultra-trails. Mais finalement plus je cours d’événements, plus je crains la descente, le terrible « Black Dog » comme le disent les anglophones, bref la déprime! Savoir que le Black Dog (Littéralement ‘Chien Noir’, métaphore usuelle pour la mélancolie ou la dépression outre-atlantique) t’attend est anxiogène. Alors, en dehors des médicaments ou d’abus des « distractions plaisantes borderline », souvent la chose qui aide le plus à surmonter cette profonde déprime est de repartir pour une autre course! Ahurissant et incroyablement frustrant pour un coureur déjà blessé dans son orgueil.

Black-dog en Ultra-raidLe deuxième run… et après

J’ai couru la Northburn100 il y a quelques mois, une course de 100 miles dans les montagnes de la Nouvelle-Zélande. Ce fut dur. J’ai franchi la ligne d’arrivée après 34h, physiquement OK, mais émotionnellement désespéré: j’avais le regard que l’ on nomme le « regard d’agonie ». Et encore, je dirais que « agonie » est encore trop positif. En repensant à Northburn et aux épuisants Ultra-raides que j’ai faits, je suis devenu de plus en plus conscient que ce passage par les montagnes russes émotionnelles après chaque course fait tout autant partie de la course en soi, au même titre que l’entraînement, la camaraderie, le goût de la fatigue, et l’endurance physique. Même quand on explose les buts qu’on s’était fixés, le sentiment peut toujours être doux-amer.

C’est un travail épuisant que d’explorer les profondeurs de nos émotions les plus obscures. En effet, quand elles sont encore fraîches, bien vives, notre mental casse nos pensées comme un marteau piqueur possédé. On tourne en rond à ressasser encore et encore, nos pensées jouant à un jeu pathogène de cache-cache psychosomatique avec nos tripes qui  se serrent et s’entortillent. Quand on sort d’une « Ultra », on peut définitivement dire qu’on est épuisé. Cet épuisement persistant après l’expérience extrême nettoie les systèmes d’autodéfenses notre Âme s’érode encore davantage, permettant aux pensées et aux émotions cachées de menacer notre santé mentale.

Mais que devenons-nous si nous évitons l’introspection ? Est-ce du déni de laisser nos émotions fermenter dans notre inconscient ? Ou est-ce du mélodrame ? Peut-être qu’ignorer ces choses une ou deux journées est tout simplement ce qu’il faut faire: un déni pur et simple. Ou peut-être que le réel bénéfice du sport d’endurance n’est pas physique, mais spirituel? Peut-être qu’endurer notre sacerdoce et se laisser submerger par toutes ces hormones que notre corps libère nous met dans un état tellement réceptif d’auto exploration que ce serait dommage, voire sacrilège, de l’ignorer?

Darkness: how ultrarunning can strip away our emotional barriersExpériences de sommet ?

On le sait, on ne manque pas d’écrivains, poètes, artistes ou musiciens qui trouvent que le Black Dog  est leur plus belle muse… Alors pourquoi les sportifs? On le sait, il existe des groupes ethniques qui, dans leurs cultures traditionnelles conventionnelles, utilise le sport extrême pour trouver l’éveil. Ainsi les monks du marathon du Mont Hiei sont connus pour chercher l’éveil spirituel à travers un ascétisme extrême via l’endurance physique en courant. Dans leur quête d’éveil spirituel, ils courent 40kms par jour pendant 100 jours avant de demander la permission de continuer leur quête pour un autre 900 jours, le projet en entier leur prend 7ans. Les coureurs du Lung-Gom-Pa du Tibet, de façon similaire, parviennent à la clarté et une connexion avec le UN à travers la course qui devient une sorte de méditation. Et il y a un nombre incalculable d’autres cultures qui vantent les vertus de l’endurance comme une force de l’âme. De la connexion entre le corps et l’esprit qui peut surgir dans l’adversité de l’épreuve, il y a pour eux une nature réellement spirituelle.

Alors, comme je suis plus que familier avec le coté obscur de l’aspect émotionnel, je suggère volontiers que le Black Dog pourrait être le meilleur ami de l’Homme, plutôt que d’être son ennemi ou quelque chose à craindre. Peut être que cette descente pourrait être appréciée même si elle n’est pas la bienvenue. Comme Khalil Gibran l’a écrit dans « le Prophète », « le plus profond la peine creuse ton être, le plus de joie tu peux contenir ».

Debriefing

En tant que thérapeutes nous savons tous que dès que nous rentrons dans un excès de quelque chose, qu’il s’agisse d’un comportement, d’un aliment, d’une activité il est très important de réfléchir à la motivation profonde qui nous anime à ces moments là. En effet une attitude excessive qui se reproduit régulièrement est le plus souvent le signe d’une compensation, la tentative de l’inconscient pour éviter un stress important.

Prenons l’exemple de notre coureur: Essaie t- il d’échapper à une réalité qu’il ne peut affronter? Essaie t-il de rattraper quelque chose? Ou encore cherche t-il désespérément un ailleurs où certains ressentis seraient gommés, certaines émotions submergées par de nouvelles plus gérables, plus supportables? A quel moment sait-on si nous sommes bien dans une démarche spirituelle ou si nous sommes rentrés dans une fuite en avant?

Une fois de plus le corps va être notre meilleur allié. En tant qu’être humain nous avons la responsabilité de notre écologie, la responsabilité d’assurer à tout notre être la satisfaction de ses besoins de façon juste. Est-il juste de pousser notre corps physique dans la souffrance de façon répétitive? Est-il juste d’en arriver à l’épuisement et puis de recommencer sans cesse? Nous avons la responsabilité d’entretenir notre corps et de le maintenir en bonne santé. Pousser notre corps à des expériences extrêmes de façon répétitive sans réfléchir aux conséquences sur le long termes de nos habitudes pour notre santé est-il un signe de sagesse ou au contraire le signe d’un problème dans la relation avec nous-même?

Comment considérons nous notre corps? Comme un instrument aux services de nos pulsions, de nos désirs voir de nos caprices? Ou comme un allié dans notre recherche d’équilibre et de sérénité?

ulta-trails-02

On le voit la chose n’est pas aisée à débattre,  surtout en tant que coach, car la performance du coaché fait partie du contrat de départ contrairement au thérapeute.  Enfin, on peut aussi se poser la question en terme pragmatique: et si l’ultra-trail était bel et bien une compensation d’une souffrance ou d’un stress énorme, en attendant la résolution de cette problématique, la course ne reste-t-elle pas une compensation, somme toute, assez écologique?

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